L’épuisement professionnel ne survient pas du jour au lendemain.
Il s’installe lentement jusqu’à nous faire perdre pied.
Il y a quelques années, confronté à un burn-out et à une profonde perte de sens, j’ai choisi de partir marcher.
Un jour et un pas à la fois !
J’ai tenté de comprendre ce qui m’avait conduit au bord du précipice. Était-ce une fuite ou un acte de courage ?
Aujourd’hui encore, la question reste ouverte.
Quand partir marcher devient une nécessité
172 jours de marche. 4 500 kilomètres. 5,5 millions de pas.
Une seule question : suis-je parti par courage ou par fuite ?

Quand l’épuisement professionnel ne laisse plus d’autre choix
Face au vide de l’épuisement professionnel, face à une situation devenue ingérable de chef d’entreprise, j’ai décidé de partir marcher.
Partir.
Le mot paraît simple. Pourtant, il a soulevé autour de moi bien des interrogations.
« Mais enfin, un chef d’entreprise n’a pas le droit de faillir. »
« Avez-vous pensé aux conséquences ? »
Je ne crois pas qu’à ce moment-là j’étais encore capable de réfléchir.
J’étais happé par quelque chose qui me dépassait.
Chaque matin, en franchissant la porte de ma propre entreprise, je ressentais une nausée profonde.
Mon cœur battait au-delà du raisonnable.
Ma tension artérielle me coupait le souffle. Je ne mangeais presque plus.
Mon regard se vidait peu à peu.
Mon cerveau tournait dans un espace sans lumière où même la pensée semblait avoir renoncé.
Je ne vivais plus vraiment.
Alors, avec l’accord de ma famille, de mon médecin, de mes amis et de mon associé, j’ai pris une décision radicale : tout laisser derrière moi.
Me sauver. Dans tous les sens du terme.
Me sauver des circonstances. Me sauver des attentes. Me sauver de moi-même.
Et partir marcher.
Sans me retourner.
Partir marcher : une fuite ou un acte de survie ?
Ce fut ma solution.
Certains y verront une fuite.
Je peux le comprendre.
Pourtant, je ne me suis jamais senti en fuite.
Une fuite cherche à échapper définitivement à ce qui fait souffrir.
Moi, je voulais revenir.
Revenir plus fort.
Revenir plus lucide.
Revenir aligné avec mes convictions, mes actes et mes pensées.
Je suis convaincu aujourd’hui qu’on ne fuit pas lorsqu’on part à la recherche de soi-même.
Avant mon départ, j’avais simplement écrit deux mots sur un Post-it collé à la porte de mon appartement : « Parti marcher. »
Deux mot qui contenaient pourtant tout un monde.
L’épuisement.
L’espoir.
La peur.
Et déjà, quelque part, la reconstruction.
Le courage de partir
Avec le recul, je crois que le courage ne consiste pas toujours à rester.
Parfois, il consiste à partir.
Partir lorsque tout s’effondre.
Partir lorsque l’on ne comprend plus ce qui nous arrive.
Partir lorsque les réponses des autres ne suffisent plus.
Le courage, c’est accepter de se regarder en face.
Accepter ses fragilités.
Accepter ses limites.
Accepter de ne plus être celui que l’on était.
Et surtout, accepter de croire qu’un autre chemin existe.
Car je savais une chose.
La valise serait toujours là.
Au retour.
Le retour faisait partie du voyage.
Pourquoi j’ai choisi de partir
Je n’ai rien occulté de ce que je traversais.
Pas même les visages inquiets de ceux qui me regardaient glisser vers un trou dont je ne voyais plus le fond.
Leurs mains étaient tendues.
Leurs conseils sincères.
Leur affection immense.
Pourtant, personne ne pouvait marcher ce chemin à ma place.
Je me souviens particulièrement d’un repas chez des amis.
Chacun essayait de m’aider.
Chacun me disait comment faire, comment penser, comment agir.
Leurs intentions étaient généreuses.
Mais en rentrant chez moi ce soir-là, seul dans la nuit, avec mes peurs, mes doutes et mes questions, une évidence s’est imposée.
Je devais partir. Non pour abandonner.
Non pour fuir. Mais pour comprendre.
Comprendre ce qui m’avait conduit jusque-là.
Comprendre ce que je voulais encore devenir.
Comprendre comment revenir debout.
4 500 kilomètres pour se retrouver
Ce voyage aura duré 172 jours. 4 500 kilomètres. Près de 5 500 000 pas.
Quatre pays traversés.
Des bivouacs sous les étoiles.
Des levers de soleil silencieux.
Des rencontres inoubliables.
Des accueils bouleversants de générosité.
Et des centaines de pages noircies dans un carnet qui ne me quittait jamais.
Chaque journée de marche m’éloignait un peu plus de l’homme épuisé que j’étais devenu.
Chaque pas me rapprochait de celui que j’avais oublié.
J’ai appris à accueillir le temps.
À observer. À écouter. À ralentir. À vivre simplement.
Et surtout à faire la paix avec moi-même.
Fuite ou courage : chacun trouvera son propre mot
Alors oui.
Peut-être que certains diront que j’ai fui.
Peut-être ont-ils raison. Peut-être ont-ils tort.
Aujourd’hui, cela n’a plus beaucoup d’importance.
Car je sais ce que cette marche m’a apporté.
Je suis parti brisé. Je suis revenu vivant.
Je suis parti perdu. Je suis revenu plus conscient de ce qui compte vraiment.
Alors fuite ou courage ?
À chacun de choisir son mot. Le mien est plus simple.
J’ai osé.
Et parfois, oser est déjà une victoire.






2 Commentaires. En écrire un nouveau
Bonjour Philippe !
Courage ou fuite ? Je crois effectivement que la question ne se pose plus quand on ne s’appartient plus. Partir n’est pas un choix mais une question de survie, comme tu le dis si bien.
La question du courage se pose peut-être autrement ou différement, dans une étape que tu nous feras peut-être découvrir prochainement… Le courage de revenir
Bonjour Vincent,
D’une certain façon la question va souvent restée posée. Partir, se sauver, fuir, …
Et de s’affronter dans le questionnement et de la justesse de la décision.
A suivre pour la suite …
Bien à toi
Philippe