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Animalité

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Il est des marches qui ne servent pas seulement à avancer, mais à revenir vers soi.
Marcher, pour moi, est un acte fondateur : une manière de ralentir, de faire taire le bruit du monde et de redevenir disponible à ce qui cherche à émerger.

Au fil des pas, le corps reprend sa place. Une mémoire ancienne se réveille, instinctive, animale. Cette part souvent contenue ou oubliée devient source de présence, de liberté et d’écriture.
La nature, alors, n’est plus un décor mais un guide.

Ce texte de mon carnet de marche raconte cette traversée intérieure, là où l’animalité nourrit le geste d’écrire, et où chaque pas ouvre un espace de vérité.

Marcher avec mon animalité : une exploration intérieure

Marcher avec mon animalité est bien plus qu’une simple exploration physique ou une activité de plein air. C’est une plongée lente et profonde dans les tréfonds de ce qui me rend humain, dans cette part sauvage, instinctive et souvent tue qui résonne au cœur même de mon Être.
À chaque pas, je quitte un peu plus les cadres imposés, les rôles sociaux, les postures apprises, pour me rapprocher de quelque chose de plus ancien, de plus brut, de plus vrai.

Cette exploration intérieure me confronte à une évidence : sous mes multiples couches de civilité, de culture et de langage, j’abrite un être primitif.
Un animal en moi, porteur d’instincts innés, de désirs bruts, de peurs archaïques et de rythmes naturels.
Marcher devient alors un moyen de réentendre cette voix ancienne, souvent étouffée par le bruit du monde moderne.

Retrouver l’animal en soi par la marche

La marche agit comme un dépouillement. Elle enlève, couche après couche, ce qui encombre. Elle ralentit le mental, assouplit les pensées, ouvre l’espace intérieur. Peu à peu, le corps reprend sa place. La respiration se cale sur le pas, le regard se fait plus attentif, l’ouïe plus fine. Je ne marche plus seulement dans un paysage, je marche avec lui.

Retrouver mon animalité, ce n’est pas renoncer à mon humanité, mais la compléter. C’est accepter que je sois fait de chair, de muscles, de souffle, d’élans instinctifs. C’est reconnaître que mes décisions, mes émotions, mes élans créatifs prennent souvent racine dans des zones non rationnelles, profondes, viscérales.

La nature comme miroir de l’instinct

La forêt, la montagne, les sentiers escarpés ou les chemins humides deviennent des miroirs. La nature ne triche pas. Elle est ce qu’elle est, sans justification ni mise en scène. En marchant au milieu d’elle, je me réaccorde à cette vérité simple et exigeante.

L’odeur de la terre humide après la pluie, le craquement sec des branches sous mes pieds, le chant parfois strident, parfois discret des oiseaux, le murmure du vent glissant dans les feuillages, le clapotis irrégulier d’une source : tous ces stimuli sensoriels éveillent mes sens. Ils me ramènent au présent, à l’instant brut, à l’expérience directe.

Dans ces moments-là, mon imagination s’ouvre. Les images surgissent, les phrases se forment sans effort, comme si elles existaient déjà et n’attendaient que le silence pour apparaître.

Marcher en pleine conscience de son animalité

Marcher en pleine conscience de mon animalité, c’est marcher sans objectif de performance. Je ne cherche pas à aller vite, ni loin, ni pour prouver quoi que ce soit. Je marche pour sentir. Pour écouter. Pour habiter pleinement mon corps.

Cette marche me libère alors des contraintes du quotidien. Elle desserre l’étau mesuré des agendas, des obligations. Le temps ralentit et parfois disparaît. Chaque instant devient précieux parce qu’il est vécu pleinement.
Je redeviens un être sensible avant d’être un être productif.

Dans cet état de présence pure, je retrouve une forme de liberté intérieure. Une liberté simple, presque oubliée, qui n’a rien de spectaculaire mais tout d’essentiel.

L’écriture nourrie par le corps et les sens

Lorsque je reviens de ces marches, quelque chose a changé. Mon écriture s’en ressent immédiatement. Elle est plus incarnée, plus dense, plus habitée. Mes mots ne viennent plus seulement de la tête, mais du corps entier.

Mes personnages prennent vie avec une intensité nouvelle. Leurs émotions sont plus franches, leurs gestes plus instinctifs, leurs choix parfois dérangeants mais toujours sincères. Ils respirent, transpirent, tremblent, désirent. À travers eux, j’explore des thèmes universels : la survie, le désir, la peur, la liberté, la solitude, l’élan vital.

L’animalité me permet d’écrire sans filtre inutile, d’aller à l’essentiel, là où quelque chose de vrai se joue.

Civilisation et sauvagerie : une tension féconde

Dans mes romans et mes récits, j’explore cette dualité permanente entre civilisation et sauvagerie. Nous sommes faits de cette tension. D’un côté, les règles, les lois, les conventions. De l’autre, les pulsions, les instincts, les élans irrépressibles.

Marcher avec mon animalité me permet de ne pas choisir un camp, mais d’habiter l’espace entre les deux. D’écrire depuis cette zone instable, fertile, inconfortable parfois, mais profondément humaine.

J’ose alors une plume plus libre, plus audacieuse.
J’expérimente différentes formes, des structures narratives moins linéaires, des rythmes plus organiques.
L’écriture devient elle aussi une marche : parfois fluide, parfois heurtée, toujours vivante.

Écrire comme un processus organique

Pour moi, l’écriture n’est pas un acte figé ni purement intellectuel. C’est un processus organique, évolutif, presque biologique. Elle naît, elle grandit, elle se transforme. Elle respire.

En intégrant l’énergie brute et instinctive de mon animalité, mes textes prennent vie autrement. Chaque mot trouve sa place comme un pas sur un sentier.
Chaque phrase ouvre un espace.
Chaque chapitre devient une exploration de mes propres limites.

Écrire ainsi, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. De laisser une part d’inconnu guider la main. De faire confiance à ce qui émerge.

Inviter le lecteur à sa propre exploration

Cette manière d’écrire est aussi une invitation. Une invitation faite à celles et ceux qui me lisent à explorer leurs propres profondeurs. À écouter ce qui, en eux, demande à être entendu. À renouer avec leur corps, leurs sensations, leurs instincts.

Je n’écris pas pour expliquer, ni pour convaincre. J’écris pour faire résonner. Pour toucher quelque chose de sensible, de commun, d’universel.

Marcher avec mon animalité devient alors un geste de partage, une passerelle entre mon expérience intime et celle du lecteur.

Une célébration de l’expérience humaine

Au fond, marcher avec mon animalité est une célébration. Celle de la diversité et de la complexité de l’expérience humaine. Celle de la lumière et de l’ombre qui cohabitent en moi. Celle de la fragilité et de la puissance, de la douceur et de la violence contenue.

C’est accepter d’être multiple, contradictoire, vivant.

Une quête sans fin, guidée par la nature

En fin de compte, marcher avec mon animalité est une invitation permanente à explorer les profondeurs de mon Être, et à transcender, autant que possible, les barrières invisibles de la société.
À retrouver une vérité simple, ancienne, universelle, qui réside au cœur de mon âme.

C’est une démarche volontaire, humble et authentique vers une compréhension plus profonde de moi-même et du monde qui m’entoure.
Une marche guidée par l’écho de mes instincts primordiaux et le murmure intemporel de la nature.

Et tant que je marcherai, tant que j’écrirai, cette quête continuera.

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