Marcher et randonner semblent être deux mots pour une même réalité.
Pourtant, à mesure que les pas s’accumulent, les nuances apparaissent.
Dans ce texte, j’explique pourquoi je me définis aujourd’hui à la fois comme marcheur, randonneur et randonneur au long cours, et comment cette évolution oriente ma manière d’écrire, de voyager et de vivre les sentiers.
Marcheur ou randonneur ?
Pourquoi j’ai choisi d’être les deux
Il existe des mots qui semblent presque synonymes, et pourtant, lorsqu’on les manipule un peu, lorsqu’on les observe à la lumière de l’expérience, ils commencent à révéler des nuances, des paysages, des façons d’être au monde.
Entre « marcheur » et « randonneur », la frontière paraît mince.
Mais dans ma vie, dans ma manière d’avancer sur les chemins comme dans mes carnets, ces deux termes ont fini par prendre une signification particulière.
Et aujourd’hui, alors que j’entre dans une phase nouvelle de mon écriture et de mon parcours, j’ai envie d’expliquer pourquoi j’ai choisi non pas l’un ou l’autre, mais les deux.
Pourquoi, au fil du temps, j’ai compris que je ne marchais pas seulement : je randonnais.
Et pourquoi le terme de randonneur au long cours devient aujourd’hui la suite logique, naturelle, presque inévitable, de ma manière d’habiter les sentiers.
Marcheur : l’art simple de la lenteur et de la disponibilité
Le marcheur : celui qui avance, libre et disponible est d’abord une posture intérieure.
C’est celui qui met un pied devant l’autre sans autre ambition que d’être avec lui-même, avec le monde, avec le rythme du souffle et le bruit de la terre. Le marcheur ne compte pas les kilomètres. Il s’accorde ce luxe rare : ne rien viser. Avancer pour avancer. S’ouvrir pour s’ouvrir. Observer sans chercher à prouver. Laisser émerger ce qui émerge.
Être marcheur, c’est embrasser la lenteur comme on embrasse un ami retrouvé. C’est accepter que l’esprit vagabonde, qu’un pas fasse souvenir, qu’un parfum déclenche un récit intérieur. C’est écouter la nature et se laisser modeler par elle, comme si chaque pas était un fragment de silence ajouté à un autre.
Le marcheur est un être disponible. Disponible à la rencontre, à la surprise, au détour inattendu d’un chemin qui n’était pas prévu sur la carte. Il marche pour comprendre, ou pour accepter de ne pas comprendre. Il marche sans se soucier des étiquettes, sans chercher à appartenir à une catégorie.
Pendant longtemps, je me suis défini ainsi : un marcheur. Un homme qui avance parce que c’est dans la marche qu’il respire le mieux. Dans la marche qu’il écrit le plus juste. Dans la marche que ses pensées cessent de s’agiter pour laisser apparaître, presque timidement, un peu de vérité.
Randonneur : la joie de tracer, d’anticiper et de s’engager
Le randonneur : celui qui prépare, trace et se projette
Mais un jour, j’ai compris que marcher ne me suffisait plus. Ou plutôt : que ma manière de marcher évoluait. Qu’une structure, discrète, mais bien réelle, s’ajoutait à cette liberté initiale.
Le randonneur, c’est celui qui lit une carte, qui trace un itinéraire, qui prépare un sac en pensant au soir, au lendemain, à la pluie possible, aux nuits courtes ou aux montées longues. Le randonneur, c’est celui qui accepte d’entrer dans une forme d’organisation qui ne brise pas la poésie, mais qui lui donne un cadre.
Être randonneur, ce n’est pas renoncer à la liberté du marcheur. C’est lui ajouter un horizon. C’est faire le choix d’un chemin plus grand que soi, d’un objectif qui se construit jour après jour, de cette satisfaction particulière de s’arrêter au soir, de poser son sac, et de se dire : « Ce que j’ai fait aujourd’hui s’inscrit dans quelque chose de plus vaste ».
Le randonneur se projette. Il anticipe. Il s’engage. Il sait que certaines journées seront plus difficiles, que certaines portions demanderont de la patience, de la technique, de la persévérance. Et cela ne l’effraie pas : cela le structure.
Au fil du temps, j’ai vu en moi grandir cette dimension-là. Je ne marchais plus seulement pour ressentir. Je marchais pour aller quelque part. Pour construire un récit. Pour inscrire mes pas dans une continuité qui faisait sens.
Le long cours : la quête profonde des longues marches
Le long cours : une évidence, un appel
Puis il y a eu cette idée qui a germé doucement, qui a grandi sans que je m’en rende compte : le long cours. Non pas quelques kilomètres, non pas une balade, même longue. Mais une traversée. Une aventure qui dépasse le quotidien. Une immersion dans la durée, dans l’endurance, dans la répétition qui transforme.
Le long cours n’est pas une catégorie sportive. C’est une philosophie. Une façon d’accepter que le chemin s’étire, qu’il fatigue, qu’il enseigne. C’est un compagnonnage. Une manière de renouer avec quelque chose de très ancien : l’homme qui marche pendant des jours, des semaines, parfois des mois, pour aller d’un point à un autre parce que le monde se découvre mieux ainsi.
Devenir randonneur au long cours, pour moi, n’est pas un changement de posture, mais un prolongement. C’est comme si toutes les marches, toutes les petites randonnées, toutes les sorties où je n’avais pour seule ambition que d’être présent avaient préparé cette autre façon de marcher : plus engagée, plus exigeante, mais aussi plus profondément cohérente avec qui je suis aujourd’hui.
Le long cours, c’est le temps. Le temps de laisser les pensées décanter. Le temps de traverser ses propres résistances. Le temps de se laisser modeler non plus par une heure de marche, mais par dix heures, par trois jours, par une semaine de pas posés les uns après les autres. Le long cours transforme. Et c’est précisément cela que je recherche désormais.
Être marcheur, être randonneur :
deux chemins, une même vocation
Alors… marcheur ou randonneur ?
Les deux. Et je le revendique.
Je suis marcheur par essence : parce que sans la liberté intérieure de mettre un pied devant l’autre, je perdrais ce qui fait le cœur vivant de mes récits, de mon rapport à la nature, de l’élan qui me pousse dehors. Le marcheur, c’est l’enfance du pas. Sa source.
Mais je suis randonneur parce que j’ai compris que l’élan a besoin d’un cadre pour se dépasser. Que la marche peut devenir un voyage. Que l’expérience se nourrit aussi d’une certaine organisation, d’un regard plus large, d’un engagement qui va au-delà de l’instant.
Et désormais, je suis randonneur au long cours, parce que je veux inscrire tout cela dans la durée, parce que les grandes traversées m’appellent, parce que le temps étiré du long chemin est devenu une manière de respirer qui me correspond profondément.
Pourquoi mes carnets changent :
écrire la continuité plutôt que l’instant
Pourquoi ce changement dans mes carnets ?
Parce qu’il reflète ce changement en moi. Parce que mes textes ne sont plus seulement des impressions de marche, mais le récit d’une traversée. Parce que j’ai envie d’emmener mes lecteurs non pas sur une simple sortie, mais sur un voyage où chaque jour, chaque étape, chaque fatigue et chaque émerveillement a sa place.
Le terme de randonneur au long cours donne cette dimension-là : une continuité, une progression, un fil rouge. Il raconte ce que je vis, ce que je deviens, ce que j’écris.
Je reste marcheur, bien sûr. Toujours. C’est ma nature. Mais pour raconter les chemins que je parcours désormais, ce nouveau terme s’impose, non comme une rupture, mais comme une évidence.
C’est donc ainsi que j’avance : marcheur par cœur, randonneur par choix, et randonneur au long cours par vocation. Et c’est ainsi que mes carnets, eux aussi, évoluent pour mieux suivre mes pas.


