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Chemin de liberté

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On croit souvent que la liberté se trouve dans les mots, les lois ou les promesses. J’ai découvert qu’elle se cache ailleurs : dans la poussière des chemins, le souffle court des montées, la lenteur assumée des pas. Ce texte est une invitation à marcher autrement. À vivre autrement. À revenir à l’essentiel.

La liberté n’est pas un concept, c’est une marche

J’avais envie de partir loin, si loin que les cartes semblaient déjà trop restrictives. Je croyais tout savoir de la liberté : j’en avais récité les définitions, étudié les nuances, disséqué les oppositions. Libre ou non libre, oppression ou émancipation… J’en avais fait un concept, un objet d’étude, une abstraction. Je ne savais pas encore que la liberté n’a rien d’une appropriation : c’est une respiration. Une odeur de terre mouillée après la pluie. Un souffle d’aube sur la toile d’une tente. Une empreinte fraîche dans la poussière du chemin.
Je ne savais pas encore que la liberté ne se définit pas. Elle se marche.

Car la liberté, la vraie, n’est pas un droit accordé par un texte ou reconnu par une institution : elle s’acquiert comme on cueille des mûres au bord d’un sentier, les doigts griffés de ronces, mais le cœur comblé. Elle se gagne, pas à pas, sur ces kilomètres qui s’additionnent jusqu’à devenir un mode de vie. Mes dizaines de milliers de kilomètres, mes nuits sous les étoiles, mes matins dans la rosée, mes réveils au chant d’une mer que je longeais depuis la veille. Voilà ma liberté : une longue marche qui ne voit jamais vraiment la fin.

Quand le monde tente de freiner les rêveurs

“Trop loin, trop risqué, trop fatigant, trop utopiste.”
Combien de fois ai-je entendu ces adjectifs tomber comme des pierres sur le sentier que j’essayais de tracer ? Trop ceci, trop cela… Toujours trop. Toujours l’excès pour étouffer l’élan, toujours l’argument raisonnable pour briser les ailes. Dans notre monde si prompt à classer, mesurer, ranger, on apprend vite que partir à pied relève de l’anomalie, de la fantaisie, presque du caprice.

Les rêves, paraît-il, prennent trop de place dans l’emploi du temps.
On nous répète qu’il serait plus logique d’optimiser notre vie : travailler, prévoir, assurer, accumuler, préparer la retraite, et peut-être, si le sort est clément, si l’âge le permet, si la santé tient, si tout s’aligne… peut-être alors partir un peu.
Mais pas trop loin.
Pas trop longtemps.
Pas à pied, tout de même.

À pied, pour beaucoup, c’est revenir au passé. Pour moi, c’est retrouver l’avenir.

Dormir dehors, faire confiance, apprendre l’essentiel

On me disait aussi : “Dormir dans un champ ? Au coin du bois ? Sous un arrêt de bus ? Chez un inconnu sur un canapé ? Mais pourquoi donc ? Rien ne vaut un bon lit, un confort correct, un toit fiable.”
Et pourtant… je n’ai jamais dormi avec autant de joie que sous ma tente battue par le vent. Ne jamais goûter une nuit plus profonde que celle adossée à un tronc, bercé par le bruit d’un ruisseau voisin. Le confort, j’ai fini par le comprendre, n’est pas une question de matelas, mais d’accord intérieur.

“Surtout, ne fais pas confiance aux inconnus, le monde est plein de fous.”
Et pourtant… je leur dois tant. Je leur dois l’eau offerte au détour d’un village, la soupe chaude partagée à la tombée de la nuit, la main tendue un jour de pluie, les rires autour d’un feu improvisé, le partage d’un fromage dans une bergerie en ruine. Je leur dois des éclats de vie, des fragments d’humanité qu’aucun guide ne mentionne.
On m’avait prévenu de la dangerosité du monde ; j’y ai rencontré surtout des cœurs ouverts.

La peur des rêves et la révélation du chemin

Ce qui effraie vraiment, je crois, ce ne sont pas les dangers du voyage.
Ce sont les rêves eux-mêmes.

Les rêves font peur parce qu’ils obligent à regarder en face ce que l’on désire profondément. Or désirer, c’est risquer. Risquer d’échouer. Risquer de se tromper. Risquer de bouleverser l’ordre soigneusement installé d’une existence raisonnable.
Alors, beaucoup préfèrent renoncer avant même d’essayer.

Moi, il m’a fallu marcher longtemps avant d’oser admettre que rêver n’était pas naïveté, mais nécessité.
À force de chemins, j’ai enfin compris ce que les philosophes n’avaient pu m’apprendre.

La liberté ne s’apprend pas dans un livre, ni dans une salle de classe, ni dans un débat bien construit.
La liberté se découvre sur les chemins, un matin où l’on réalise que rien, absolument rien, ne nous oblige à avancer dans une direction plutôt qu’une autre.

Vivre avec moins pour être plus libre

On marche parce que l’on choisit de marcher.
On s’arrête parce qu’on décide de s’arrêter.
La liberté, c’est ce pas que l’on pose où l’on veut.

Être libre, ai-je compris, ce n’est pas disposer de tout : c’est accepter de n’avoir que l’essentiel.
Être libre, c’est vivre avec son sac, son souffle, et la certitude que la route pourvoiera au reste.
Être libre, c’est préférer la vie à la résignation, l’inconnu au confort, l’aube au programme, la rencontre au calendrier.

Sur le chemin, le langage est autre.
Tu as faim ? Cherche.
Tu es fatigué ? Trouve un abri.
Tu es perdu ? Choisis une direction.
Tu veux continuer ? Marche.

La route enseigne l’humilité. Elle apprend que la possession n’apporte pas la joie et que les objets alourdissent plus qu’ils ne libèrent. J’ai appris à mesurer mes besoins à la taille de mon sac.

Marcher pour se dépouiller et renaître

Chaque matin est un recommencement.
Chaque soir, une victoire.
Chaque pas un engagement envers soi-même.

J’ai traversé des forêts, des montagnes, des plaines. J’ai connu la faim, le froid, l’épuisement, et c’est là que j’ai appris ce que signifiait être vivant.

Marcher, c’est se tenir debout face au monde.
Marcher loin, c’est se confronter à soi.
Marcher longtemps, c’est se dépouiller.

Quand on s’est suffisamment allégé, la liberté apparaît.
Non comme un éclat, mais comme une évidence calme.

Être libre, c’est marcher

Mes dizaines de milliers de kilomètres ne sont pas des exploits. Ce sont des chapitres.
L’envie de partir loin n’est pas une fuite : c’est un retour.
Retour à soi.
Retour à la terre.
Retour à l’essentiel.

La liberté ?
Je la porte à mes pieds.

Et tant que les chemins m’appelleront, je marcherai.
Parce qu’au bout du compte, il n’y a qu’une vérité :
être libre, c’est marcher.

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